Veiller l’horizon

La construction des phares, les avancées technologiques qui les ont toujours hissés à l’avant-poste de leur mission d’éclairage, les femmes, les hommes et jusqu’aux enfants, qui les ont servis avec courage au prix de grands sacrifices parfois, les liens lumineux que leur intercession a ourdis au cours des siècles pour mener les marins à bon port, les espoirs et inquiétudes qu’ils ont maintes fois suscité·e·s à leurs scrutateurs, les catastrophes qu’ils ont permis de parer, leur présence tangible et fidèle, les imaginaires que leur symbolisme enflamme depuis toujours, tout concourt à susciter non seulement notre admiration mais aussi notre dévouement à soutenir leur cause en ces temps qui laissent filer leur remorque imperceptiblement mais avec la détermination de ceux qui larguèrent celle du radeau de la Méduse. Le tribunal des hommes n’est rien à l’endroit de celui de l’Histoire.

« J’y étais !  » s’exclamèrent celles et ceux qui osèrent, face au doute et à la réprobation, progéniture dévoyée de l’ignorance et de la veulerie. « Moi j’en fus » clamèrent tous ensemble les partisan·e·s de la cause face à leurs sournois détracteurs, désormais honnis d’avoir su tirer profit à l’encontre d’une cause qu’ils tentent vainement de rallier en l’encensant benoîtement. Le tribunal des hommes n’est rien face à celui de l’Histoire.

Alors, serez-vous de notre combat ? Car c’en est un. Le régime océanique à cette particularité d’alterner les périls dépressionnaires aux calmes et lumineux matins anticycloniques. La vie du patrimoine des phares et balises n’y échappe pas. Après avoir navigué sous les latitudes de l’espoir des années post Grenelle de la mer voici qu’au vent l’horizon s’obscurcit, contre toute attente, de désordres tempétueux. Le veilleur serait-il fatigué d’une trop longue nuit de quart ? Ne seraient-ce qu’hallucinations d’un cerveau largué à la dérive d’un futur qui désormais lui échapperait ? « Négatif » comme l’on dit en poste. Le quart est affaire sérieuse qui ne souffre vigilance d’à peu près.

« Je prends ! » avait-il clairement dit d’un ton de commandement en montant sur la passerelle. L’usage de la mer. Pour manifester au descendant que l’on endosse la responsabilité pleine et entière de ce qui suit. On monte au quart comme au front.

Le Veilleur d’Horizon

A suivre dans « Les Câbles du Veilleur d’horizon »